Masteos en redressement judiciaire : les raisons d’un échec

Article rédigé par Thibault Pastour (ex-banquier d'affaires et certifié AMF)
Article rédigé par Thibault Pastour (ex-banquier d'affaires et certifié AMF)

La nouvelle a été annoncée, Masteos sera en redressement judiciaire en Janvier 2024 à la suite de son incapacité à rembourser ses créanciers. Pour rappel, Masteos, en plus d’avoir levé plus de 50m€ en equity, avait aussi levé 12m€ en dette. À date, il lui en reste 10 à rembourser mais elle n’est plus capable d’assumer ses remboursements.

Dans cet article, je vais essayer de décrire comment l’un des fleurons de la proptech française en est arrivé là, d’expliquer les conséquences du redressement judiciaire pour les clients et l’impact de cette déflagration sur l’industrie de l’investissement clé en main.

Comment Masteos en est arrivé au redressement judiciaire ?

Le contexte économique

Clairement, c’est la raison principale de la faillite de Masteos selon moi. Lorsque l’on lance une startup, on a des objectifs de croissance importants. 

En 4 ans, Masteos a toujours fait au moins X3 sur son chiffre d’affaires chaque année. Ses prévisions de cashflow se basaient donc sur des hypothèses de croissance conséquentes pour rembourser ses créanciers. Oui mais voilà, l’Europe connaît en 2022 et 2023 une hausse des taux drastiques ce qui retourne complètement le marché de l’immobilier en moins d’un an. 

Le nombre de transactions s’effondre alors en France (-30% en 1 an). Le CA de Masteos suit la tendance et perd 20% passant de 20m€ à 16m€. Alors que ça serait loin d’être dramatique pour une jolie PME française en place depuis des années, cette baisse de CA suffit à tuer Masteos, profondément ancrée dans la culture start-up française qui pousse à « burn » un maximum de cash avant la levée de fonds suivante.

Pour résumer :

  • Masteos lève 50m€ en Equity et 12m€ de dette avec des prévisions de croissances importantes
  • Pour soutenir la croissance Masteos recrute à tour de bras (+450 employés au pic), dépense sans compter en acquisition clients et propose les tarifs les plus agressifs du marché de l’investissement clé en main. 
  • Résultat ? L’argent levé est dilapidé et il ne reste plus rien à Masteos fin 2023, la croissance du chiffre d’affaires espéré n’est clairement pas au rendez-vous et la structure ne peut plus supporter ses coûts. Masteos a bien essayé de réduires sa masse salariale (-300 employés) mais ça n’aura pas suffit et en novembre 2023 la société ne peut plus rembourser ses créanciers. Le redressement judiciaire est donc inévitable.

Pourquoi ne pas relever des fonds ?

En plus de ne plus être en croissance (ce qui refroidit les investisseurs), Masteos a besoin de cash au moment où il est beaucoup plus dur de s’en procurer. 

Au premier semestre 2023, les start-ups françaises ont levé 2,8mds€ soit 2X moins qu’au premier semestre 2022. Une des raisons qui a empêché Masteos de trouver les 5m€ qui lui manquait pour éviter le redressement judiciaire.

Le management en cause ?

Est-ce que Masteos s’est précipité et a « cramé » plus de cash que de raison ? Est-ce que la crise était prévisible avec une inflation galopante ? Sûrement. 

Dans tous les cas, il y avait mieux à faire. C’est évidemment toujours plus facile à dire qu’à faire. En tout cas, les fondateurs qui détiennent encore 30% des parts ne toucheront pas 1 centime dans l’opération. Il n’y a donc pas de scandale d’injustice. C’est juste l’histoire banale d’une start-up qui n’a pas fonctionné pour différentes raisons.

L’immobilier impossible à scaler ou pas de business model assez solide ?

Chez Immocompare on a toujours émis nos réserves quand à la compatibilité entre l’hyper croissance et la qualité de service d’une agence clé en main. J’en avais d’ailleurs déjà parlé dans l’avis sur Masteos que j’ai rédigé il y a plusieurs mois. Pour trouver des biens intéressants, il faut se déplacer, passer du temps sur l’analyse, le visiter etc.. L’automatisation de ces tâches est très complexe et c’est pour ça que de nombreuses autres sociétés du secteur ont décidé de se développer plus lentement. 

C’est quoi la suite ?

La Holding Masteos qui détenait 4 filiales (travaux, transaction, rénovation énergétique et gestion locative) est placée en redressement judiciaire en janvier. Ses filiales seront vendues à un repreneur pour éponger les dettes de la société avec plusieurs acteurs qui se positionnent pour racheter les 4 filiales. Un concurrent serait en pôle pour récupérer le mise. De notre côté, on ne voit pas qui d’autre qu’Investissement Locatif.com pourrait se charger de ce rachat. Beanstock pourrait avec une structuration particulière se positionner mais cela semble moins envisageable ?

Il faut d’abord rembourser les 10m€ de dettes mais les actionnaires ne devraient rien toucher et perdre la totalité de leur mise avec des filiales qui devraient se vendre pour 1€ symbolique. 

Quid des clients actuels de Masteos ?

Le redressement judiciaire permet de geler les dettes et d’assurer une certaine continuité dans les activités de la société. Les chantiers peuvent sans doute prendre du retard mais aucun argent cash ne devrait être perdu pour les clients. Si vous êtes dans ce cas vous pouvez directement contacter le fondateur Thierry Vignal sur Linkedin qui semble être très réactif sur Linkedin pour répondre aux clients inquiets. 

Est-ce que ça sonne la fin de l’investissement clé en main ?

Ça sonne peut être la fin des levées de fonds dans ce secteur mais clairement pas la fin de ce type de service qui apporte une vraie valeur ajoutée et qui a su se trouver un marché. Des acteurs comme Investissement Locatif.com existent depuis plus de 10 ans sans jamais avoir levé de fonds et devraient continuer à exister. Des structures à taille plus humaine comme ImAvenir, Lokey, myVesta, Ouiker ou encore ICM se sont construites avec moins de frénésie sur des modèles plus stables et peuvent ainsi faire face à cette crise plus sereinement. 

Quid de l’avenir de Beanstock qui a aussi levée beaucoup de fonds ? 

Réponse dans les mois à venir mais la société a signé de nombreux partenariats récemment et semble bien se porter. Rien à signaler au niveau des avis des employés ou des clients. Avec une inflation qui baisse, le plus dur est peut être derrière eux !

Si vous souhaitez comparez les différentes sociétés d’investissement clé en main je vous invite à découvrir notre comparatif complet de sociétés d’investissement clé en main !

4 réflexions sur “Masteos en redressement judiciaire : les raisons d’un échec”

  1. Bonjour
    Ce qui me fait rire , ce sont les commentaires relatifs aux raisons de la déconfiture de la boite en question…. Lorsque l’on démarre uns start-up , à moins de vouloir concurrencer Airbus ou Boeing , on embauche pas 450 collorateurs car avec les charges , celà fait 35 millions d euros par an de masse salariale en comptant les cadres… Et non, on ne dépense pas 35 millions d euros de salaires en faisant 20 millions d euros de chiffre d’affaire…Certains gérants de start-up semblent posséder en capacités de gestion le niveau d’un collégien et encore … Ce n’est pas le marché de l’immobilier qui a tué cette société mais la médiocrité de ses dirigeants…

    1. Bonjour,

      C’est une façon de voir les choses. Embaucher à tour de bras est une décision collective entre l’exécutif et les fonds de capital risque. Je pense que dans ce cas, tout le monde était prêt à tenter le pari de conquérir l’Europe très rapidement avec une nouvelle levée de fonds au bout d’1 ou 2 ans. Le pari a été perdant. Ici, je pense vraiment que les raisons de l’échec sont multiples et qu’avec des conditions de marché plus favorables, Masteos ne serait pas dans cette position. Mais oui le Management aurait pu mieux faire.

  2. Il ya la beaucoup de précipitation , en entreprise en général il faut sécuriser pour avancer . Mais il y a aussi dans beaucoup de ces sstart up un manque total de connaissances de boulot sur le terrain et de pratique … L’idée intéressante mais la réalisation dans le concept global trop risquée , peut etre aussi une frénésie souvent trouvée dans ces sstart up de ces jeunes qui se pensent trop forts .

    1. Merci pour votre analyse que je partage en partie. Le contre exemple parfait serait Bricks qui malgré précipitation, méconnaissance du secteur et scandales fonctionne encore très bien et lève tous ses projets en -24h

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